Doïna Vieru

Après des études à l’académie de beaux-arts de Chisinau, Moldavie et l’écoles des beaux-arts de Paris, Doïna Vieru a fait une carrière de peintre en Équateur. Sa peinture, toujours basée sur la figure humaine est une figuration déconstruite qui se rapproche de l’abstraction en traitant surtout d’une vision poétique du monde.

Actuellement elle fait une thèse de doctorat sur la formation des artistes plasticiens.
 

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Même si l’autodidaxie est assez courante dans le monde de l’art, l’école n’est aucunement sans utilité : il est nécessaire d’apprendre des règles qu’il faut apprendre à rompre afin de devenir une individualité créatrice. Car les règles existent, mais dans le chemin de l’unicité, c’est que sur leurs brisures qu’on peut (se) construire. Et puis il s’agit de trouver aussi par quels processus subjectifs et uniques un artiste dépasse la simple reproduction de la nature et l’application des règles. 

Ma tentative de résumé d’une conception pédagogique reste toujours dans un flou artistique : on apprend, mais on n’apprend pas, on enseigne, mais pas tout et tout cela d’une manière assez vague… C’est vague, car on n’enseigne pas à copier, mais à regarder et ce regard doit être dirigé aussi à l’intérieur de soi. 

Pour me pencher un peu sur ma vision pratique d’un atelier de peinture, je vois ce travail de guidage sous deux aspects premiers : travail individuel et collectif. 

Le travail individuel avec chaque étudiant est essentiel. En effet, afin de guider quelqu’un dans la recherche de sa singularité artistique, il faut adapter les enseignements techniques et formels aux besoins et désirs de chacun. Je suis experte en peinture à l’huile sur toile et au jeu avec des matériaux industriels sur planches de PVC, mais je suis familiarisée avec beaucoup d’autres techniques de la peinture . Ces deux façons de travailler c’est ce qui correspond au mieux à ma personnalité. Pour une personnalité autre, c’est peut-être le travail délicat de l’aquarelle ou l’expérimentation avec de nouveaux matériaux qui sera adéquate, donc il faut être à l’écoute de ce que cette création demande. 

Le travail collectif je le trouve tout aussi important dans la formation des artistes que l’accompagnement individuel. En quoi consiste-t-il ? C’est de regarder l’autre et de se positionner par rapport à l’œuvre de l’autre. Il est donc essentiel de « jouer à l’exposition » pour, d’une part, comprendre comment l’objet créé change une fois sorti du cadre de l’intimité et de l’autre, d’apprendre à analyser une œuvre. Se voir à soi et voir à l’autre développe l’esprit critique qui est aussi nécessaire que la connaissance technique et le talent pour produire une œuvre unique. 

Dans une union de travail individuel et collectif, je ne pourrais pas mépriser l’éducation que j’ai moi-même reçue : un travail occasionnel avec modèle nu ou autre élément de la nature dans la tradition académique ne ferait pas du mal, car l’entrainement de l’œil, de la main, et du cerveau dans l’analyse de la nature (espace, volume, lignes de force, etc.) fait partie de la formation des artistes. 

Et, surtout, ne pas oublier de répéter : on n’est pas artiste après quelques années d’études ou d’atelier, on apprend à l’être tout au long de la vie !  

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